Quand un pot cassé se transforme en jardin

Table des matières

Une étape d'armature oubliée a provoqué la fissuration, du jour au lendemain, d'un grand bac en hypertufa, transformant ainsi une composition végétale achevée en une leçon inattendue. Plutôt que de jeter l'objet, l'artisan a choisi de mettre en valeur la fissure et de l'intégrer à la composition.

Cette expérience m'a amené à réfléchir au wabi-sabi et au rôle que joue l'imperfection dans l'artisanat. L'abreuvoir fissuré est resté dans l'atelier pour nous rappeler que c'est la minutie, et non la perfection, qui caractérise un travail artisanal de qualité.

Une histoire de raisin d'ours, de bois flotté… et d’une erreur que je ne referai plus jamais

Handmade hypertufa planter with a natural crack, planted with bearberry (Arctostaphylos uva-ursi), driftwood, and white stone grit.
Une jardinière en hypertufa fissurée, plantée de busserole et agrémentée de bois flotté. Ce qui n'était au départ qu'un défaut est devenu le cœur de la composition.

Cette jardinière n'était pas fissurée quand j'y ai planté mes fleurs.

J'avais soigneusement disposé un morceau de bois flotté, un raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi), ainsi que quelques touffes de mousse. Tout était terminé, et j'étais satisfait du résultat.

Le lendemain matin, en entrant dans mon atelier, quelque chose a immédiatement attiré mon attention.

Je suis ensuite revenu aux notes que j'avais prises quelques mois plus tôt.

C'est à ce moment-là que j'ai trouvé la réponse.

Cette jardinière mesure près de 17 pouces de long et repose uniquement sur quatre pieds, un à chaque coin. Dans mes notes, j'avais noté qu'une jardinière de cette taille devait être renforcée sous la base pour éviter qu'elle ne se déforme sous son propre poids.

Cette fois-ci, j'avais tout simplement oublié.

Cette fissure n'était pas un coup du sort.

C'était le résultat d'une étape qui avait été négligée.

Ma première réaction

J'étais déçu.

Non pas parce que la jardinière était abîmée, mais parce que je savais que l'erreur venait de moi.

Chaque métier comporte des enseignements qui ne s'apprennent pas dans les livres.

Parfois, ils arrivent sans faire de bruit.

Parfois, elles apparaissent du jour au lendemain, sous la forme d’une fissure qui traverse ce dont vous étiez fier quelques heures à peine auparavant.

Une autre façon de voir les choses

Quelques jours plus tard, je suis retourné voir la jardinière.

La fissure était toujours là.

Impossible de l'ignorer.

Mais alors que je restais là à le regarder, quelque chose a changé.

J'ai cessé de voir en elle une jardinière ratée.

J'ai commencé à apercevoir un paysage.

La fissure ne ressemblait plus à un dommage.

On aurait dit que ça faisait partie de l'histoire.

Au lieu de la cacher, j'ai décidé de m'en servir, en modelant et en affinant cette fracture jusqu'à ce que j'aie l'impression qu'elle avait toujours été là.

Ce que cette jardinière m'a appris

Chaque jardinière que je fabrique m'apprend quelque chose.

Cela m'a rappelé que même une seule étape oubliée peut tout changer.

Depuis ce jour-là, toutes les jardinières de cette taille sont renforcées avant le moulage.

La fissure a nécessité plus qu'une simple réparation.

C'est devenu un rappel permanent d'une leçon apprise.

Le wabi-sabi n'est pas une question de perfection

Plus je travaille l'hypertufa, plus je me rends compte que c'est souvent l'imperfection qui lui donne tout son caractère.

Le wabi-sabi ne consiste pas à rechercher les imperfections.

Il s'agit d'accepter que le temps, les aléas de la vie et l'expérience laissent tous leur empreinte.

Certaines fissures affaiblissent un objet.

D'autres lui confèrent une présence qu'elle n'aurait jamais pu avoir autrement.

C'est en apprenant à faire la différence qu'on devient un meilleur créateur.

Chaque objet ne cesse de nous apprendre quelque chose

Aujourd'hui, cette jardinière se trouve toujours dans mon atelier.

Ce n'est pas parce que c'est parfait.

Mais parce que cela me rappelle que le savoir-faire ne consiste pas à ne jamais commettre d'erreurs.

Il s'agit d'y prêter attention lorsqu'elles se produisent.

Quand j'y repense aujourd'hui, je n'y vois plus un échec.

Je me souviens du jour où j'ai appris quelque chose que je n'oublierai jamais.

Si vous souhaitez conserver cet article pour plus tard, vous pouvez le trouver sur Pinterest.


Végétalarium — Saint-Esprit, Québec Objets en hypertufa faits main pour le jardin « slow »

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